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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 16:04

Ça fait longtemps, trop longtemps. C'est qu'il s'en est passé des choses depuis la dernière fois que j'ai blogué. Je suis allé à Dakar avec Jocelyne, on a fêté l'anniversaire de Christine à Montolieu, on a reçu les Francke, directement de la Martinique, on est partis se reposer à Cape Cod chez nos vieux amis les Bryer, on est revenus au boulot, Antoine est reparti à Centeilles, j'ai signé mes papiers de retraite (eh oui!) et maintenant je compte les dodos (c'est pas vrai que je les compte, mais il en reste 91...).

 

Faisons comme d'habitude et fions-nous à l'album photos que j'ouvre à l'instant et dont je vous ferai partager certains moments forts.


Ça c'était le déménagement de Xavier et Caro. Un événement quand même. Ça faisait un bout de temps qu'ils vivaient chacun dans leur appartement et là, c'était le grand saut. Là, ça fait un peu bordélique avec Pascal évaché dans le sofa mais ils ont réussi à tout ranger et ils vivent bien au coin de Papineau et Rachel, en face du parc Lafontaine, avec leurs deux fours, leurs deux lave-vaisselles et d'autres choses qu'ils ont sûrement aussi en double mais sur lesquelles on ne s'étendra pas (comme Pascal dans le sofa).

 

 

Ça, c'était à ma session de préparation à la retraite. Joli endroit dans la cantons de l'est, beau ciel bleu et printemps qui s'annonçait (au mois d'avril) mais session un peu ridicule où un groupe de présentateurs tous plus insignifiants les uns que les autres nous ont fait leur petit spectacle bien rodé et sûrement bien payé en nous parlant comme si on étaient tombés de la dernière pluie et en répondant à nos questions par des non-réponses creuses qui ne dérangeaient surtout pas le rythme de leur présentation. Le plus imbuvable c'était le vieux notaire de 80 millions d'années qui nous abreuvait de ses anecdotes à Claude-Henri Grignon saupoudrées d'une grosse pincée d'humour douteux et mysogine... Mais quelques moments agréables quand même avec Jocelyne et Suzanne.

 

 

Welcome back to the 70's! Spectacle de «The musical box» au Centre Bell. «The musical box» est un groupe québécois qui reproduit avec une fidélité maniaque les spectacles de Genesis. On peut voir ici le même type de laser que celui qui était utilisé par le groupe original à l'époque. Très belle soirée avec plein de gars de 45 ans et plus, odeurs de bière et de pot en prime. Certains étaient accompagnés de leurs enfants. Comme Karl qui y était avec Bastien, mon filleul, dans les premières rangées et que je n'ai même pas vus. Moi j'étais au parterre (c'est de là qu'est prise la photo) à la rangée Z. Derrière moi, y'avait des gens qui étaient tout contents d'avoir des billets dans le AA, croyant qu'ils seraient «juss sul'bord du stage»...déceptionnn...Mais bon, deux ou trois bières plus tard plus rien n'était grave... Moi j'ai retrouvé mes vingt ans, l'espace d'un «Selling England by the pound»...

 

 

 

 

Juin 2009: Dakar. C'est toujours avec beaucoup de plaisir que je reviens à Dakar, à l'ENDSS. Ici vous avez une photo prise à la fin du séjour. Les deux toubabs, c'est Jocelyne et moi. En fait, on sortait d'une discussion fort houleuse sur le statut et la définition des tâches des conseillers pédagogiques, après une mission très fructueuse. C'était la première fois que Jocelyne venait au Sénégal. Tout n'a pas été tout de suite évident mais elle a beaucoup apprécié les gens.


Il faut quand même, avant de parler plus longuement de notre séjour, que je vous raconte mon aventure avec mon copain diabétique... Mais, ne sautez pas aux conclusions, pour moi l'Afrique ne se résume pas à ça, loin de là. Toutefois, c'est quand même une histoire qui mérite d'être racontée. Enfin, jugez-en par vous même.

Donc, par un bel après-midi Dakarrois, j'avais terminé mon travail de préparation et Jocelyne s'activait encore sur son ordi. Je me suis dit, tiens, jetons un coup d'oeil à la télé locale. J'ai toujours trouvé intéressant de voir les messages qu'une société fait passer à ses membres par le truchement du petit écran. Ça parle aussi de ce que je les gens (du moins certains d'entre eux) ont envie de voir. Donc, je regardais une émission religieuse à laquelle je ne comprenais pas grand' chose quand Jocelyne, un peu excédée par le son des prières, me dit: «Et si t'allais faire un tour pendant que je finis?». Pas deux fois que je me le suis fait dire! Et en route pour une petite balade dans Dakar
, du moins sur le plateau.

Je rentrais de cette petite balade quand je croise un monsieur soigné, portant des lunettes griffées, un sac d'ordinateur sur l'épaule, qui me fait un beau sourire, un beau bonjour et qui passe son chemin. ... (ça c'est quelques secondes)... Quelques secondes plus tard, j'entends «Monsier! monsieur!». C'était mon nouvel ami, qui s'excuse de me déranger, qui me dit que j'ai l'air gentil et compréhensif et qui se met à me reconter son histoire, que j'écoute avec attention. Je vous résume et je vous téléscope un peu le tout. Imaginez que c'est lui qui raconte.

« Merci de m'écouter monsieur, voilà. Je suis Béninois (il n'avait pas le même accent que les gens de Dakar) et je travaille à Conakry. Je rentre chez moi par avion avec Air Sénégal qui a beaucoup de problèmes ces temps-ci et qui a annulé ses vols (c'est pas faux). Me voici donc transféré sur un vol d'AirMali, terrible compagnie, on ne m'y reprendra plus! avec une escale de 24 heures à Dakar. Hier soir, pour passer la nuit, je me trouve une petite chambre à N'Gor et, en fin de soirée, je décide d'aller faire un tour. La chambre n'étant pas sécurisée à mon goût, je prends mon sac avec moi, sur mon dos. Chemin faisant, je rencontre des gens avec qui je fraternise, vous savez, ces gens avec de drôles de coiffures, des Baye-Fall. Je leur dis que j'aimerais bien ramener un petit souvenir à ma maman et ils me disent de les suivre. Ce que je fais. Mais à un moment donné, je me trouve encerclé par des Baye-Fall, l'un d'entre eux agrippe mon sac pendant qu'un autre sort son couteau en me disant: Cours! Cours! Si tu veux vivre! Vous comprendrez que je  n'ai pas demandé mon reste et que j'ai couru, laissant là mon sac, qui contenait mon passeport, mon billet d'avion, mes cartes, mon argent et, l'élément le plus grave pour moi: mon insuline. Parce que, voyez-vous, je suis diabétique et je dois m'injecter une dose tous les jours, je cherche depuis ce matin quelqu'un qui pourrait m'aider, mon avion est à 23 heures (il est environ 19:00 heures), je n'ai pas mangé de la journée, je suis à bout et j'ai surtout besoin de mon injection. S'il vous plaît monsieur, ne me laissez pas tomber...»

« Bon, écoutez, toutes les arnaques on me les a faites, l'argent pour l'ambulance, pour le fils malade etc. je ne vais quand même pas me laisser embarquer par la vôtre...»

« Ah mais je comprends très bien monsieur, je sais de quoi vous parlez et moi aussi on me les a faites. Moi, je ne vous demande pas d'argent, je veux seulement que vous veniez avec moi à la pharmacie chercher de l'insuline. Je vais me l'injecter devant vous, je peux vous montrer ma prescription. je vous en supplie, ne me laissez pas tomber. Vous voyez, je suis allé à l'hôpital, juste à côté. Mais, monsieur, ici en Afrique, quand on n'a pas d'argent, on peut vous laisser mourir à l'hôpital...»

Nous étions à Dakar avec des amis et ils avaient une vraie pharmacie ambulante dans leur valise. J'appelle donc Lise sur mon portable pour vérifier si, par hasard, elle n'aurait pas d'insuline. Elle n'en avait évidemment pas. J'appelle aussi Jocelyne pour lui dire que j'allais à la pharmacie avec un diabétique et que je rentrerais un peu plus tard. Jusque là, je n'avais rien à perdre, sauf du temps. Mais, bon, comme le temps n'est intéressant que lorsqu'il est rempli d'événements, on part ensemble vers la pharmacie. C'était une petite pharmacie qui était sur le point de fermer, juste à côté de la cathédrale.

Rendus à la pharmacie, les employés semblaient l'attendre. Il me dit qu'il était déjà passé pour s'assurer qu'ils étaient toujours ouverts. Finalement, ils n'avaient pas ce dont il avait besoin. Déception. Angoisse. On lui dit: «Mais ils en ont peut-être à cette autre pharmacie» Il répond qu'il la connaît et nous voilà en chemin, presque au pas de course, pour arriver à cette pharmacie qui était fermée. Déception, angoisse, panique... «Je suis de plus en plus faible, qu'est-ce que je vais devenir?». Il se rappelle tout-à-coup cette autre pharmacie (il connaît Dakar, il y fait souvent escale et ce n'est pas la première fois qu'il s'y approvisionne) près du Score (un supermarché ) sur Cheickh Anta-Diop.


Ah mais non! Que je lui dis. On va pas marcher jusque là, c'est beaucoup trop loin!

Il me dit, non, non, on va prendre un taxi. Taxi qu'il négocie pour moi (pour le toubab, c'est plus cher) à 1000 CFA (2,50$). Et nous voilà partis pour la pharmacie sur Cheickh Anta Diop. Chemin faisant, nous faisons connaissance. Il me parle d'un ami québécois, nous échangeons adresses internet et numéros de téléphone... Et nous voici à la pharmacie. Dieu merci, elle est ouverte. Hélas, ils n'ont pas encore ce qu'il veut, mais ils ont quand même quelque chose qui peut faire à peu près l'affaire. Je paye (presque rien) mais le pharmacien n'a pas de seringue. Qu'à cela ne tienne, mon homme en a une sur lui. C'est avec un niveau de stress élevé (et avec le liquide contenu dan sla fiole, évidemment) qu'il remplit la seringue et qu'il se pique dans le ventre, devant moi. Ouf, mon aventure se termine bien, je vais pouvoir rentrer.

Mais non, ce n'était pas fini. Il me dit que ce qu'il vient de s'injecter est bon pour une heure au plus et il m'emprunte mon cellulaire pour rejoindre une pharmacie qui devrait avoir ce qu'il faut. En effet, ils ont bien ce qu'on cherche. Mais c'est cher: 60,000 CFA (150$). il réussit à avoir un rabais de 15%. Le hic, c'est que c'est à Pikine... en banlieue de Dakar... et le soleil se couche. Je lui dis que c'est clair que je ne vais pas à Pikine avec lui. Il repère alors un guichet automatique où nous allons tester la carte de rechange qu'on lui a donnée. Il m'explique aussi qu'il est allé au consulat de son pays d'origine où on n'a pu l'aider, le préposé n'ayant pas été payé depuis des mois... On l'aura deviné, sa carte ne marche pas et, étrange, la mienne non plus. Ceci étant dit, j'avais une bonne somme sur moi.

Donc, là, qu'est-ce qu'on fait? Il veut d'abord prendre le bus, puis il se ravise, ce sera trop long pour qu'il attrape son avion. Finalement, la seule solution, c'est que je lui prête la somme nécessaire qui,d'après les calculs dont je vous épargne les détails, se monte à 100,000 CFA (je vous laisse faire l'estimation...). Il est au bord des larmes, suppliant, c'est comme si c'était sa seule chance de survie. Moi, je flaire l'arnaque («c'est pas trop tôt» que vous vous dites...) mais là, je ne sais plus... Suis-je en train de me faire avoir ou va-t-il mourir cette nuit, dans un caniveau... Je ne sais plus comment me sortir de la situation... Mon niveau de stress est très élevé et il continue de me supplier, je suis sa seule chance... La seule façon de m'en sortir sans crouler sous le doute? Lui filer l'argent. Et c'est ce que je fais. Et je dis au taxi de me ramener à l'hôtel. Et je file 5,000 CFA au chauffeur, on n'est pas à ça près. Et me voilà libéré de mes soucis d'argent...

Arrivé à l'hôtel, je raconte le tout à Jocelyne, Lise et Jocelyn. Ils trouvent que j'ai bon coeur mais ils sont à peu près persuadés que je me suis fait bien avoir. Si ça se trouve, il n'a même pas appelé à la pharmacie centrale de Pikine... Mais je me souviens qu'il y a une mémoire sur mon appareil! J'appelle le dernier numéro composé et on répond «Pharmacie centrale de Pikine, j'écoute...» ce à quoi on rétorque que c'est peut-être un complice qui répond. Je vérifie le numéro, c'est bien celui de la pharmacie centrale de Pikine.


En conclusion, je me suis probablement fait bien avoir. Mais je suis en accord avec ma conscience. Je ne pouvais pas le laisser comme ça et de perdre 100,000 CFA ne m'empêche pas de vivre. Probablement que la stratégie c'était de m'éloigner de plus en plus du centre ville pour qu'à un moment donné, je sois bien obligé de sortir de l'argent pour l'aider parce que je ne voulais pas l'accompagner. Souvenons-nous qu'il n'était pas question qu'il me demande de l'argent au début de l'aventure.

Je me console en me disant que j'ai fait une bonne action et, aussi, que ça m'a permis de vivre une aventure, ma foi, assez inédite...

Je continue dans un autre article, parce que là, j'ai mis votre assiduité à dure épreuve...
Par François Cauchy - Publié dans : Afrique
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